Scarlong

Mon aventure dans les marécages

    Cette nuit-là, je n'ai pas maîtrisé grand-chose. Mais une chance insolente ne m'a pas quitté un seul instant. Je me rappelle...

    J'avais quitté Bagnot le jour de l'Ambre au beau milieu de la semaine de l'Engagement. J'avais mis moins de trois jours pour rejoindre La Rivière ! Je trouvais un endroit sympa pour passer la nuit à la belle étoile, le temps de fabriquer un petit radeau. Je tenais à accomplir le reste de mon voyage sur l'eau pour parvenir dans les marécages dans un état de fraîcheur incontestable.

    Trois autres journées à prendre le soleil : c'est ce que dura mon périple sur le lit du fleuve. Courbaturé, affamé, découragé par l'épreuve à venir, mon état de fraîcheur était des plus douteux, je pense, lorsque La Rivière m'amena tout naturellement au nord des Marais de Serre, longeant pendant plus d'une demi-journée les sinistres Collines Blanches où, plus tard, j'allais mettre les pieds.

    Je trouvai des traces de Bawals très rapidement. Le jour, ces créatures batifolaient en bordure des marais ne craignant aucunement les autres bestioles de ce lieu. Je n'eus qu'à me baisser pour les pister jusqu'à leur repaire, une petite grotte faite d'un amalgame de rochers, de branchages et de boue au centre de laquelle brûlait un feu de camp.

    Ce simple indice aurait dû m'alerter mais j'étais pressé d'en finir une bonne fois pour toutes.

    Mon "épreuve" a duré toute la nuit ! Je les ai chargé une seule fois de front ; ils m'ont copieusement reçu avec une volée de projectiles m'obligeant à me replier dans ma cachette. C'est à partir de ce moment-là qu'ils se sont vraiment amusés. Tantôt en s'approchant comme des fantômes lâchant des couinements d'encouragement me forçant à me tourner de toutes parts. Tantôt en testant une de leurs armes artisanales pour en vérifier la portée. Toute la nuit, ils n'ont cessé de me harceler. Heureusement que j'ai compris qu'ils attendaient le lever du soleil pour donner l'assaut final. Honteux, j'ai fui juste à temps sous l'assaut de leurs armes de jet. Sans mes protections de cuir, j'étais fichu...

    Cette défaite, que je ne prends pas plaisir à raconter, fut la plus cuisante de ma jeune vie. Mais elle m'a apporté bien plus que n'importe laquelle de mes victoires : elle m'a appris à ne jamais plus sous estimer mon adversaire...

    

    Les aventuriers...