Nurem

Une bâtisse de Dix Aulnes brûlant dans la nuit... Cette image restera à jamais gravée dans l'esprit du forgeron...

 

 

Une main en moins

    Lorsque Amar a trouvé la mort dans la gueule de cette terrible chose, mais plus encore lorsque Carven est tombé devant ce monstre, j'ai un peu oublié les bonnes manières. Une rage incontrôlable a remplacé la peur et j'ai chargé la créature tout en sachant très bien que je n'avais aucun moyen de la vaincre.

    Je ne pensais pas à la mort. Je voulais venger le Nain et aider Carven ; mon ami aurait fait la même chose...

    La Grand-Mère des Lézards des Rochers s'est suicidée. Elle a fait ce qu'il fallait lorsqu'elle a refermé sa mâchoire, s'empalant sur ma lance. Proprement, par réflexe, stupidement, obnubilée par sa fureur... Enfin, les qualificatifs me manquent pour décrire ce que j'ai ressenti à ce moment-là. Pour tout dire, j'y ai laissé ma main. Face à un adversaire de ce calibre, l'idée m'est venue que ce n'était pas cher payé !

    Mais par la suite...

    Avez-vous jamais essayé de vous habiller d'une seule main ? Rien qu'une chaussure... Faites-le juste pour vous amuser. Vous ne rirez pas longtemps. Quant à endosser une partie d'armure sans aide, oubliez. Faites-vous des amis. Emmenez-les partout avec vous. C'est la seule solution.

    Pas trop de problèmes pour boire. Mais pour manger... Impossible de découper la moindre nourriture. On oublie le couteau. C'est genre : je mets le gros morceau de viande dans la bouche, et je tire avec les dents !

    Essayez donc aussi de nager avec un seul bras. Vous m'en direz des nouvelles. Personnellement, j'ai une fâcheuse tendance à tourner en rond. Monter un cheval, ramasser du bois, préparer à manger, se laver : tous ces gestes si simples au quotidien prennent parfois une autre dimension. Et puis, il y a les talents que vous ne pouvez plus accomplir : l'escalade, le tir à l'arc, la pêche, mener une embarcation... et la forge pour mon plus grand malheur !

    En compagnie de Von Köln, mieux vaut savoir se battre. Se focaliser sur l'attaque devient une priorité lorsqu'il ne vous reste plus qu'un bras. Pas de bouclier... plus de parade possible. On devient beaucoup plus féroce, je vous l'assure, lorsque sa propre vie ou celle des copains est en danger. Si l'ennemi tombe avant moi, je n'ai pas à me soucier de ma défense...

    Le corps est une machine formidable. Il cherche sans cesse à s'équilibrer, palliant ses défauts en mettant en exergue ses points forts. Ma main droite disparue, il me restait la gauche. Ce bras a presque doublé de volume ! Si je suis toujours incapable de tracer la moindre lettre reconnaissable de ma mauvaise main, je peux maintenant écraser une pomme simplement en serrant les doigts. Mais le plus incroyable a été la progression réalisée au niveau de mes jambes. Je cours plus vite qu'avant. Je me suis protégé le mieux possible en portant des jambières de plaques et de bronze. Cela me permet, lorsque cela chauffe un peu, de distribuer des coups de bottines là où cela fait le plus mal...

    

    Les aventuriers...